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Une femme à aimer

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Le 22 mai 2014 j’écrivais sur ce blog ce court poème.

Âme à enlacer

Coeur à voler

Corps à explorer

Une femme toute entière à aimer

Ce court poème de 2014 est à nouveau d’actualité…

Entre temps j’ai vécu, aimé, été aimée, j’ai aussi souffert, découvert des choses sur moi, je sais mieux ce qui est important pour moi. Je suis à un moment de bilan/constat pas forcément réjouissant, mais encore instructif.

Ma vie de sauveuse

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Je me souviens de ce film avec Gérard Jugnot en thérapeute et Émilie Dequenne en jeune patiente, « Oui, mais… » qui m’avait fait prendre conscience à l’époque de l’ampleur des jeux psychologiques dans les relations humaines. Le sujet m’a fortement intéressé depuis 2000, la date de sortie du film, et j’ai multiplié les outils pour sortir de ces jeux, mais c’est vraiment depuis un atelier en octobre 2019 que j’ai fait un grand pas vers une compréhension et une prise de conscience générale.

C’est impossible d’échapper à ces jeux psychologiques. Dès tout petit, nous apprenons à réagir en fonction du rôle que notre entourage joue. Dans notre société où on est obligé d’avoir raison pour survivre émotionnellement et psychologiquement, puisque seuls ceux qui ont raison ont le pouvoir et sont acceptés et reconnus, nous avons trois rôles à disposition: le chef, la victime et le sauveur. Attention, je ne parle pas du triangle dramatique de Karpman. C’est différent et plus intéressant.

Cet article ne se vaut pas du tout exhaustif sur le sujet, vu que je ne le maitrise pas encore, je suis en phase découverte. Je vais parler de mes expériences personnelles, de ce que j’ai compris grâce à elles.

Le rôle de chef est le plus facile, on décide de tout, on impose son pouvoir et on se fiche assez des autres. Si tout le monde est d’accord avec le chef, les relations vont bien.

Mais dans le cas où les points de vue sont différents, où on n’est pas d’accord, ça se corse, car alors, pour ne pas se sentir mal et nul et mauvais, on veut avoir raison. Conséquence de notre société de compétition, comparaison, qui a du mal avec la différence qu’elle soit physique ou d’opinion.

Si on ne peut pas être chef, alors, il nous faut trouver un autre rôle dans lequel avoir tout de même raison. D’accord avec le chef est le plus évident. C’est souvent ce qui se passe quand tout se passe bien dans nos relations, parce que nous sommes toustes d’accord. Ce qui nous fait chercher la compagnie de personnes comme nous. Et plein de relations fonctionnent ainsi, avec un chef et un d’accord avec le chef. Ça fonctionne bien.

Le rôle qui vient aussi rapidement, c’est la victime. Victime du chef, notamment. Si c’est de la faute du chef, alors on n’a pas tort, on a raison. Il est tellement facile de jouer ce rôle quand on n’est pas d’accord! A noter qu’il y a aussi les victimes de la société… Le problème de la victime est qu’elle n’est pas reconnue par le chef, il lui faut donc un sauveur!

Et le sauveur est le troisième rôle dans lequel on a raison, on est reconnu par la victime qui a besoin de nous et nous avons besoin de la victime pour être sauveur. Autant chef-victime, ça ne fonctionne pas comme relation car il n’y a pas reconnaissance mutuelle, autant victime-sauveur fonctionne super bien. Au passage victime-victime ce n’est pas super, ça tourne à celui qui sera le plus victime et là ça peut mener loin dans l’autodestruction.

Observez-vous, dans vos relations, quel rôle vous jouez? quel rôle domine chez vous? Vous n’en avez sans doute pas conscience, on ne s’en rend même pas compte au début et je suis quasiment sûre que beaucoup vont se dire que ça ne les concerne pas. Détrompez-vous, c’est comme la violence ordinaire, le sexisme ordinaire, c’est tellement imprégné partout, tout le temps, qu’il faut faire un effort pour le voir. Mais quand on commence à le voir, alors c’est assez terrifiant.

Sinon, moi, clairement, je suis une sauveuse, majoritairement. Parfois je suis aussi victime. Quand comme moi, on a grandi dans une famille de responsables syndicaux, on sait bien jouer ces deux rôles, la victime et le sauveur…

A l’école, j’aidais mes camarades, au collège j’étais déléguée des élèves, au lycée je manifestais contre les réformes, tout ça en luttant contre le méchant capitalisme pour le bien de l’humanité. Puis, bien sûr, j’ai développé fortement le « prendre soin » pour mes amoureux, puis mes enfants. J’ai été bénévole dans plusieurs associations, ça me permettait de sauver à tour de bras. Et aujourd’hui j’en ai fait mon métier, je suis au service des autres.

Quand je joue la victime, c’est souvent pour pousser un coup de gueule contre l’injustice, relever tout ce qui ne va pas dans notre monde de fou. Et quand des « obstacles » se présentent dans ma vie personnelle, je me plains en me fendant d’un bel article ou post qui m’attire la sympathie de sauveurs qui me remontent le moral et s’indignent avec moi.

Voilà, sauveuse et victime. D’ailleurs, si je regarde ma devise « Un regard bienveillant et engagé sur le monde », tout y est!

Cela fait quelques mois que j’ai commencé à prendre conscience de ce système qui tourne partout partout et que je m’observe. Et il m’arrive de plus en plus souvent d’être consciente du rôle que je joue mais de le jouer quand même. C’est à la limite de la manipulation. Quand on a compris le système, on peut faire marcher n’importe qui dedans. Oui, les personnes à être sorties de ce système sont très rares. Parmi les signes qui ne trompent pas pour vérifier qu’on est bien bien dans le système, on trouve les réactions (quand l’émotion arrive et qu’on ne peut s’empêcher de réagir) et les justifications (pour avoir raison).

Ces derniers mois, j’ai donc regardé mes relations au travers de ce schéma de fonctionnement. Mes relations passées et mes relations actuelles, amoureuses, amicales, familiales, professionnelles…

J’ai constaté essentiellement trois choses:

  • je ne m’entends pas avec les chefs
  • les relations les plus chouettes sont avec des personnes qui alternent sauveur-victime comme moi
  • les relations avec les victimes sont fortes mais ne peuvent durer et se terminent souvent brutalement

Je ne m’entends pas avec les chefs car ils ne me reconnaissent ni en tant que sauveuse ni en tant que victime. Les chefs ne reconnaissent que ceux qui sont d’accord avec le chef. Ça m’arrive tout de même parfois d’être d’accord avec le chef, quand je veux volontairement calmer le jeu, éviter le conflit ou me faire bien voir. Mais je n’aime pas trop ça.

Les relations avec des personnes comme moi qui sont à la fois sauveur et victime fonctionnent bien parce qu’on alterne à tour de rôle, ça donne l’impression de se soutenir mutuellement (par contre, avec un sauveur qui n’est que sauveur, y a un peu friction… concours du meilleur sauveur…).

Les relations avec les victimes sont les plus douloureuses. Au début tout va bien, mon âme de sauveuse s’en donne à cœur joie à prendre soin de cette personne qui n’attend que ça. Ça fonctionne bien tant que je reste sauveuse. Le problème, dans ce cas là, c’est qu’au bout d’un moment, je passe victime, soit parce que je n’en peux plus de donner encore et encore mon attention, mes soins, mon écoute, mes encouragements, soit parce que quelque chose m’arrive par ailleurs qui me plombe. Et alors là… ça coince vraiment, car j’attends d’être sauvée (rassurée, réconfortée) mais comme en face j’ai une victime, ça n’est pas possible! Les personnes qui ont choisi le rôle de victime ne peuvent pas être des sauveurs. Elles ont un nombres incalculables d’excuses pour rester victime et ne pas pouvoir s’occuper de moi. Des excuses extrêmes, la dépression, aux excuses plus légères comme « j’aimerais pouvoir t’aider, mais je ne sais pas comment faire ». Et même si je donne le mode d’emploi, c’est infaisable pour la victime. Ça lui semble une montagne. Alors, soit je trouve du réconfort ailleurs, au fond de moi, dans ma spiritualité ou auprès d’autres sauveurs à qui je me plains de la victime (oui, ça se passe comme ça!), et si j’arrive à me remonter le moral, alors je peux reprendre mon rôle de sauveuse et la relation peut continuer. Soit je n’y arrive pas, je suis à bout puisque la victime ne s’occupe pas de moi comme j’en aurais besoin, et je passe alors chef pour mettre fin à la relation. Et souvent brutalement, parce que j’ai atteint mon extrême limite et que le chef ne s’embarrasse pas des états d’âme de l’autre et va à l’essentiel pour lui. Oui, parce que pour en arriver là, avec une sauveuse comme moi, ça prend du temps, parce que je m’accroche, j’essaie, je n’ai plus rien à donner mais je donne quand même et je dépasse complètement mes limites. Au bout d’un moment, quand même, je lâche, je passe victime pour de bon, victime de la victime. Et allons y pour le concours de victime… c’est à celui/celle qui aura le plus de problèmes et de vécus difficiles, le plus de choses à reprocher à l’autre. Jusqu’à la fin de la relation quand le chef en moi en a trop marre parce que ça tourne en rond. Parce qu’une victime qui n’est que victime ne prend pas de décision. Et moi, en décidant de mettre fin à la relation, je conforte la victime dans son rôle de victime. Donc c’est très douloureux pour elle qui est abandonnée et c’est aussi très douloureux pour moi qui n’ai pas réussi à être Mère Teresa et à continuer de sauver cette personne et donc cette relation et qui dois passer chef pour trancher.

C’est vraiment le pire du pire que j’ai pu vivre. Le plus déchirant, le plus impossible, le plus violent. Je prie toutes les personnes avec lesquelles ça s’est passé ainsi d’accepter mes excuses. Je sais maintenant qu’il faut que j’évite une relation suivie avec une victime. Vraiment. Il faudra que je sois vigilante à ne pas laisser mon âme de sauveuse oublier cela.

Alors, clairement,depuis que j’ai conscience de tout cela, mon objectif est de sortir du système. Ne plus être mal quand je n’ai pas raison, ne pas réagir pour avoir raison et ne plus être coincée dans un des trois rôles mais entendre tous les points de vue différents du mien, observer mes émotions avec assez de distance pour ne pas m’y accrocher, rester moi-même et agir (au contraire de réagir) avec toute une palette de possibles (au lieu de seulement trois) qui n’entretiendront pas de cercle vicieux. Il parait que quand on y arrive, on est dans l’amour inconditionnel. Ça doit être à la fois très reposant pour soi et à la fois embêtant de voir les autres tourner encore dans le schéma.

Bon, je n’y suis pas encore. Mais je veux y arriver. Je ne veux plus passer à côté de ma vie à cause de cet emprisonnement dans un rôle.

La relation

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Maintenant que j’ai à peu près fait le deuil de ma précédente relation amoureuse, que j’ai identifié mes peurs et que je pense pouvoir les surmonter, je me heurte à un obstacle de taille pour mettre fin à mon célibat. Je ne trouve personne qui me plaise et à qui je plais qui veuille une relation. Je trouve beaucoup de gens qui veulent juste du sexe ou qui préfèrent rester dans le virtuel ou qui remplissent tellement leur vie qu’il n’y a plus de place pour l’autre ou alors qui veulent juste ne pas être seuls. Ne pas vouloir être seul ce n’est pas du tout la même chose que de vouloir une relation.

Une relation demande un investissement, chacune des deux personnes concernées doit nourrir et prendre soin de cette relation. Une relation demande à ce qu’on s’intéresse vraiment à l’autre, à ce qu’on fasse sa connaissance en acceptant son originalité et sa spécificité. Une relation demande à ce qu’on fasse de la place pour l’autre et/ou qu’on accepte la place qui nous est offerte. Une relation nous fait sortir de notre nombril et de notre zone de confort. Une relation c’est recevoir mais aussi donner. C’est découvrir et être découvert. C’est parfois du compromis, c’est de l’empathie et du respect. Pour faire preuve d’empathie et de respect, il faut écouter l’autre, l’entendre et le comprendre.

Tout cela demande bien plus que juste être à côté d’un.e inconnu.e en vivant seuls côte à côte.

Est-ce que ce manque d’intérêt pour la relation est le fruit de notre société de consommation où tout est achetable et jetable? Du monde virtuel qui rend le monde entier accessible et qui fait croire qu’il est facile de trouver mieux ailleurs ou de remplacer en un clic? Ou est-ce que tout le monde est terrorisé et ne veut plus se livrer ni s’engager? Pourquoi de telles peurs? Pourquoi tant de difficulté à les surmonter?

La mini série d’Arte (Tr)oppressé interroge le rapport de notre société au temps, et notamment dans les rapports « amoureux », bien que le terme soit mal choisi.

Épisode 8, 6mn sur la recherche de l’amour: https://tinyurl.com/ybgs9hly

J’espère sincèrement que je me trompe, car si l’humain ne sait plus être dans la relation de façon authentique, respectueuse et saine, c’est vraiment mal barré.